Qui sont les Juifs de Belgique ?

2h

Leçon 2

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À partir de questions précises, dégager les représentations initiales sur la population juive en Belgique

•   Quels sont selon vous les métiers les plus répandus parmi les Juifs en Belgique au 19 e siècle ?
•   Pourquoi la population juive a-t-elle fortement augmenté en Belgique au 19 e siècle ?
•   À votre avis, combien de Juifs vivent aujourd’hui en Belgique ?

Leçon de commerce. Carte émise à Czernowiz (Ukraine) en 1899. Édition Schiller © coll. Hertog-Jacob *

Leçon de commerce. Carte émise à Czernowiz (Ukraine) en 1899. Édition Schiller © coll. Hertog-Jacob *

Leçon de commerce. Carte émise à Czernowiz (Ukraine) en 1899. édition Schiller © coll. Hertog-Jacob *

Leçon de commerce. Carte émise à Czernowiz (Ukraine) en 1899. édition Schiller © coll. Hertog-Jacob *

Carte de vœux de nouvel an, bilingue
hébreu-allemand. © coll. Hertog-Jacob *

Carte de vœux de nouvel an, bilingue hébreu-allemand. © coll. Hertog-Jacob *

* Cartes reproduites par Philippe PIERRET et Gérard SILVAIN dans Une mémoire de papier. Cartes postales XIX ème – XX ème siècles. Images de la vie juive en Belgique, Bruxelles, Luc Pire, 2009.

A l’aide du lexique sur les préjugés et les stéréotypes, analyser en classe trois documents iconographiques et identifier les stéréotypes véhiculés par la propagande antisémite.

DOCUMENT 1

Tapisserie représentant la profanation des hosties dans la synagogue de Bruxelles

Contexte

Dans l’histoire du Christianisme, les Juifs ont longtemps été considérés comme responsables de la mort de Jésus-Christ. De nombreuses légendes ont continué à circuler depuis le Moyen Âge sur ceux qu’on appelle « le peuple
déicide ». La légende raconte que dans la synagogue de Bruxelles, le jour du Vendredi saint de 1370, des Juifs de Bruxelles auraient transpercé avec des poignards des hosties volées dans une chapelle. Du sang aurait coulé de ces hosties profanées, ce qui fut qualifié de « miracle » par l’Église. En représailles, les Juifs vivant à Bruxelles sont arrêtés, exposés sur la Grand-Place, torturés avec des pinces chauffées à blanc, puis promenés tout au long d’un itinéraire qui les mènent de l’actuelle porte de Halle à la porte de Namur. Ils y seront
attachés à des poteaux et brûlés vifs la veille de l’Ascension.

Frans Van der Borght, tapisserie représentant la profanation des hosties dans la synagogue de Bruxelles, 1770 - collection de la Cathédrale Saints-Michel-et-Gudule © Institut Royal du Patrimoine artistique, Bruxelles

Frans Van der Borght, tapisserie représentant la profanation des hosties dans la synagogue de Bruxelles, 1770 – collection de la Cathédrale Saints-Michel-et-Gudule © Institut Royal du Patrimoine artistique, Bruxelles

Analyse

Cette tapisserie de 1770 représente un groupe de Juifs qui transpercent les hosties à l’aide de poignards. Les hosties sont pour les catholiques le corps du Christ. Cela veut dire que l’accusation de déicide se perpétue, mais cette fois sous la forme symbolique : « On notera le côté exacerbé de la scène, le sang coule à flot, il se dégage une atmosphère de fureur et de désarroi devant une telle violence déployée. L’intention est bien évidemment de choquer le public et de forger les esprits à cultiver une haine à l’égard de ceux qui osent commettre de telles horreurs ».
(Extrait de Profanation des hosties de Bruxelles de 1370. Présence, récurrence et persistance d’un mythe, par Philippe Pierret, Musée Juif de Belgique, 2009)

DOCUMENT 2

Affiche de propagande nazie, publiée en France en 1940

Contexte

En 1940, l’Allemagne nazie envahit l’Europe. Pour convaincre les populations de collaborer, la propagande allemande diffuse des messages, des films, des expositions, des affiches. Son but est à la fois de répandre l’antisémitisme et de discréditer ceux qui se battent contre Hitler et ses troupes, l’Angleterre et l’URSS.

Le complot juif contre l’Europe !, affiche par Abery (1940-1945) © Droits réservés - CEGESOMA, Bruxelles, 275444

Le complot juif contre l’Europe !, affiche par Abery (1940-1945)
© Droits réservés – CEGESOMA, Bruxelles, 275444

Analyse

Cette tapisserie de 1770 représente un groupe de Juifs qui transpercent les hosties à l’aide de poignards. Les hosties sont pour les catholiques le corps du Christ. Cela veut dire que l’accusation de déicide se perpétue, mais cette fois sous la forme symbolique : « On notera le côté exacerbé de la scène, le sang coule à flot, il se dégage une atmosphère de fureur et de désarroi devant une telle violence déployée. L’intention est bien évidemment de choquer le public et de forger les esprits à cultiver une haine à l’égard de ceux qui osent commettre de telles horreurs ».
(Extrait de Profanation des hosties de Bruxelles de 1370. Présence, récurrence et persistance d’un mythe, par Philippe Pierret, Musée Juif de Belgique, 2009)

DOCUMENT 3

Carte postale antisémite

Contexte

Alors que les Juifs fuient les persécutions raciales nazies, de nombreuses publications antisémites – dont des séries de cartes postales – présentent les Juifs comme des « apatrides » se jouant des frontières et spéculant sur les monnaies.

Carte postale : Caricature antisémite © coll. Silvain, publiée dans P. PIERRET, G. SILVAIN, op. cit., p. 209

Carte postale : Caricature antisémite © coll. Silvain, publiée dans P. PIERRET, G. SILVAIN, op. cit., p. 209

Analyse

Le dessin représente un gros financier juif qui passe la frontière, assis sur un crapaud, avec des millions sur le dos, en laissant derrière lui les papiers, contrats, etc. La caricature condense plusieurs stéréotypes : un profil au nez épais et tombant, un homme préoccupé uniquement par l’argent, filou et
radin, un personnage cosmopolite qui passe la frontière sans se préoccuper de ce qu’il laisse derrière lui. Pourquoi est-il perché sur le dos d’un crapaud ?
Dans l’imaginaire populaire, le crapaud symbolise un animal hideux, répugnant, comme dans le conte de fées des frères Grimm « La princesse et le crapaud ». Le crapaud est aussi un animal réputé vorace, qui se nourrit de petits animaux (insectes, vers de terre…), ce qui par analogie renvoie à un personnage qui s’enrichirait sur le dos des autres, les non-Juifs.

Analyse de documents d’archives sur les Juifs de Belgique et comparaison avec les stéréotypes identifiés lors de l’Action 3.

Cinq groupes (+/- 5 élèves) analysent une thématique à l’aide des documents fournis et répondent aux questions suivantes :

•   Que vous apprennent les documents sur la vie des Juifs de Belgique avant la Seconde Guerre mondiale ?
•   Comment les Juifs sont-ils perçus dans les documents analysés ?
•   Les stéréotypes de l’Action 3 ont-ils un ou des liens avec la réalité des personnages rencontrés dans les documents d’archives ?
•   Comparez les stéréotypes aux actions réelles des Juifs de Belgique.

Thématiques

 

1. Personnalités juives de la Belgique indépendante
Parmi les grandes figures qui ont contribué à l’édification et à la renommée de la Belgique indépendante, on trouve Sam Wiener, Léo Errera, Clara Hirsch, Léon Lambert, Maurice Philippson, Georges Montefiore-Lévy et bien d’autres. Savants, grands commerçants, hommes de confiance du Roi ou créateurs des premiers timbres et de la Banque Nationale, ces Belges d’origine juive s’investissent dans ce jeune pays qui devient leur patrie.

1 er timbre belge (10 cent) à l’effigie de Léopold I er , dessin de Jacob Wiener

1 er timbre belge (10 cent) à l’effigie de
Léopold I er , dessin de Jacob Wiener

2. L’école Bischoffsheim
Fondateur de la Banque de Belgique, le philanthrope Jonathan-Raphaël Bischoffsheim s’est aussi consacré à l’amélioration de l’enseignement et de l’éducation à Bruxelles. Dans la ligne des associations qu’il a contribué à créer (Ligue de l’Enseignement et Association pour l’enseignement professionnel féminin en 1864), il finance à Bruxelles, en 1867, un institut professionnel pour jeunes filles portant son nom.

Carte postale : Intérieur de l’École Bisschoffsheim, Bruxelles – Editions Nels © coll. Goldmann-Roth, publiée dans P. PIERRET, G. SILVAIN, op. cit., p. 61

Carte postale : Intérieur de l’École Bisschoffsheim, Bruxelles –
Editions Nels © coll. Goldmann-Roth, publiée dans P. PIERRET, G. SILVAIN, op. cit., p. 61

3. Le port d’Anvers et les migrants
Ce n’est qu’à la fin du 19 e siècle que l’on peut parler d’une importante immigration juive en Belgique et plus particulièrement à Anvers. Après la Première Guerre mondiale, l’immigration est plus massive et jusqu’aux années 1920, la ville d’Anvers se caractérise par un climat assez tolérant à l’égard des Juifs. En ce sens, on peut parler d’une ville cosmopolite. En plus des Juifs de Russie et de Pologne qui fuient les persécutions (appelées Pogroms), de nombreux migrants passent par le port d’Anvers pour se rendre en Amérique.

Red Star Line poster, Henri Cassiers, vers 1899 – © coll. Red Star Line Museum

Red Star Line poster, Henri Cassiers, vers 1899 – © coll. Red Star Line Museum

4. Les soldats juifs dans la guerre de 1914
De nombreux soldats belges d’origine juive ont défendu la patrie pendant la Première Guerre mondiale. Parmi ceux-ci, le général Louis Bernheim qui s’illustre particulièrement lors de la bataille de la Marne, du siège d’Anvers et de la bataille d’Ypres. Quant à l’ingénieur Robert Goldschmidt, il met au point la radio sans fil, une invention qui jouera un rôle majeur dans les communications entre les officiers au front et l’État-Major.

Carte postale : portrait du Général Bernheim par Jacques Madyol (1871-1950). © coll. Goldmann-Roth, publiée dans P. PIERRET, G. SILVAIN, op. cit., p. 79

Carte postale : portrait du Général Bernheim par Jacques Madyol
(1871-1950). © coll. Goldmann-Roth, publiée dans P. PIERRET, G. SILVAIN, op. cit., p. 79

5. Les petits métiers et la diversité des profils
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la Belgique compte près de 70.000 Juifs. Les uns sont belges depuis plusieurs générations, d’autres ont fui l’Europe de l’Est et les pogroms dans les années 1920 ou l’Allemagne nazie dès
1933. Leurs origines géographiques et leur milieu social sont souvent très différents ; certains sont religieux, d’autres non, certains sont fortunés et belges depuis plusieurs générations, d’autres, sans ressource, viennent d’arriver et se débrouillent pour sortir de la misère.

Carte postale : « Marché aux Puces » de la Vosseplein (actuelle Place du Jeu de Balle). Édition Grand Bazar Anspach © coll. Gérard Silvain, publiée dans P. PIERRET, G. SILVAIN, op. cit., p. 144

Carte postale : « Marché aux Puces » de la Vosseplein (actuelle Place du Jeu de Balle). Édition Grand Bazar Anspach © coll. Gérard Silvain, publiée dans P. PIERRET, G. SILVAIN, op. cit., p. 144

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